La ferme du CHARDON à FALLAIS

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La ferme du Chardon à Fallais


CONTEXTE ET ORIGINE

Portrait de Charles-Quint par Freddy Van Daele, d'après le tableau "Charles-Quint et l'impératrice Isabelle" de P.P.Rubens, copie d'un original du Titien .
Le château-fort de plaine de Fallais-sur-Mehaigne

Au XVIe siècle

A l'époque qui nous intéresse ici, c'est-à-dire au tout début du XVIe siècle, la seigneurie de Fallais a cessé de faire partie de la Principauté de Liège et appartient alors aux Ducs de Bourgogne. Philippe-le-Beau meurt en 1506 et son fils Charles-Quint devient Gouverneur de nos "Pays-Bas" dès 1515. Le premier parchemin qui relate l'existence d'un site dit "du Chardon" à Fallais, date de 1510. Il s'agit d'une charte du 3 octobre 1510 passée devant le mayeur Gielot Petit, les échevins de la Haute-cour-et-Justice de Fallais, et Charles Fabry, chapelain de Messire et Madame de Fallais; on y voit qu'un certain Pierlot Martin et son frère relèvent de la Cour de Fallais une maison sur le courtil qu'on dit "au Chardon" contre une rente de 4 muids d'épeautre.

Il faut cependant notre qu'une charte précédente, datée, elle, du 21 février 1472, parle d'une vente en fief d'une terre au nom non spécifié -(qui pourrait faire partie du Chardon) entre d'une part le Seigneur du lieu, Gillo Pétry, Charles Fabry et, d'autre part, à Pirlot Martin, censier du seigneur.

Le 17 avril 1597, le CHARDON est revendu par Guillaume Pirlot au sergeant Bertho Pirard et à son fils Gielet.

LES GILKINET

Le premier GILKINET cité à Fallais est prénommé Mathy (Mathieu)"honnête homme" (=noble homme), de son vivant échevin du Comté de Fallais, fils de Nicolas GILKINET de MOXHE et de noble dame Jehenne de BAS-OHA. Les armoiries de Mathy seront une combinaison des armes de ses parents, un étrier accompagné de 3 quintefeuilles. On les retrouve encore aujourd'hui sur la pierre tombale de ce Mathy GILKINET et de son épouse Gertrude PERMEZ au mur de la sacristie de l'église de Fallais et aussi sur la pierre armoriée de la façade du corps de logis du Chardon. A noter que Mathy se fera toujours appeler Mathy Gilkinet du Chardon et non de Moxhe, comme son père!


Au XVIIe siècle

Le 18 janvier 1607, Mathy achète le courtil du Chardon à Bertho PIRARD. La rente à l'église passe alors à 8 muids de spelte (= d'épeautre) et devra être payée annuellement à la Saint-André ou, au plus tard, à la Notre-Dame qu'on dit Chandeleur. Elle sera progressivement partiellement rachetée par les Gilkinet, qui n'auront plus à payer dès 1698 que 4 muids 2 setiers, c'est-à-dire l'équivalant d'une récolte moyenne d'1/2 bonnier de bonne terre.

Mathy décèdera en 1620 et son épouse en 1636. Leur fils Albert I, né en 1608, héritera du Chardon. Il est nommé greffier de la Cour de Fallais. Décédé en 1654 et son épouse en 1693, c'est leur fils Albert II, bailli de Fumal, qui leur succède au courtil du Chardon. Mais Albert II ne sera réellement propriétaire que le 12 janvier 1670, car sa mère, Marguerite Jacquet a "omis" de payer la fameuse rente depuis au moins novembre 1666! Son procès dure plus de 3 ans et elle finit par rembourser ses dettes en cédant une autre terre qu'elle possède à Fallais et meurt en paix en 1693. Albert II, quant à lui a décidé de mettre le Chardon en location, quitte au locataire à s'acquitter de la rente annuelle et à lui verser chaque année une belle somme de 20 florins royaux. Dans leur testament du 28 mars 1698, Albert II du Chardon et son épouse Catherine Maréchal de Fumal notent tous les biens qu'ils possèdent à fFllais, à Fumal et à Hosdent. Le dernier vivant des deux désignera le successeur, un de leur fils, soit Herman, soit Emile. Les biens à Hosdent resteront attachés au Chardon et les terres et bâtiments de Fumal seront partagés entre les 3 filles.

Au XVIIIe siècle

Le 13 mars 1717, devenue veuve, Catherine Maréchal modifie son testament et désigne son fils Emile comme héritier universel. Mais le 17 janvier 1722, année de son décès, elle apporte une nouvelle modification et fait savoir qu'Herman recevra le Chardon si son frère Emile meurt avant lui et sans héritier...

On apprend toutefois par la suite que c'est bien Herman qui hérité du Chardon (accord entre les deux frères?) en 1722 et, après lui, son fils Albert IV, prélocuteur devant les échevins de Fallais, le 12 avril 1736. Avec son épouse Anne Mathonet, en 1765, il institue leur fils Charles Herman comme héritier universel du survivant d'entre eux. Devenu veuf cette même année, Albert IV a 68 ans et il abandonne Fallais pour aller vivre à Liège, laissant son fils Charles Herman, marchand bourgeois, en charge du Chardon dès 1770. Ce fils ne veut pas subvenir aux besoins de son père et il sera déshérité au profit de son frère François Joseph, officier au service de France, célibataire. Il meurt en 1792, non sans avoir vendu des terres un peu partout, à Hosdent et à Fallais. C 'est son neveu, Albert V, le fils de son frère Guillaume qui reprend le Chardon et se voit contraint de commencer à faire entreprendre beaucoup de réparations nécessitées par le manque d'entretien par ses prédécesseurs.


Au XIXe siècle

L'épouse d'Albert V, Marie Hubin, survécut d'une trentaine d'années à son mari décédé en 1826, mais, faute de testament valable, on dut procéder à un partage du domaine du Chardon en 9 lots entre leurs 8 enfants! En 1856, donc, les deux filles aînées, Marie-Anne et Emilie-Josèphe reçoivent les bâtiments en 2 lots alors que les 5 hectares de terre sont répartis entre leurs 2 frères et leurs 4 autres soeurs. Conséquence, les terres ne reviendront jamais au Chardon, qui se verra aussi, au fil des années suivantes, amputé d'une moitié, qui est partie s'égarer dans les belles-familles...

Marie-Anne Gilkinet, héritière d'une moitié du Chardon, étant célibataire, sa part se retrouvera entre les mains de son neveu Alfred, fils de son frère Charles Gilkinet. Alfred est pharmacien comme son père mais il sera aussi un célèbre scientifique. Il fera partie de la "Commission de la Belgica", ce groupe d'élites scientifiques chargée d'étudier les rapports et les échantillons ramenés par l'expédition du fameux voilier belge du commandant de Gerlache qui avait hiberné dans les glaces de l'Antarctique de 1897 à 1899.

Peinture à l'huile par Freddy Van Daele/1998 de La Belgica prise dans les glaces en 1898

Au XXe siècle

Alfred Gilkinet meurt en 1925, sa part du Chardon échoit à sa fille Hélène, qui la vendra à son frère Georges, docteur et médecine et bourgmestre de Landen. Avec sa femme Ophélie Barbier, ils auront une fille, Anne-Marie, qui sera leur héritière et épousera Eugène Marsée.

  A partir de ce moment le nom de Gilkinet sera absent du Chardon, mais, par bonheur, la fille d'Eugène, madame SUZANNE MARSEE, restituera au Chardon, par achat, la moitié manquante!

Au XXIe siècle

En 2003, SUZANNE MARSEE et son fils Patrick, l'excellent restaurateur du CHARDON moderne, demanderont à Freddy Van Daele d'écrire la monographie de leur belle demeure.


SUGGESTION PERSONNELLE DE FREDDY VAN DAELE

N'ayant trouvé dans aucun texte d'époque de traces de chardons sur les flancs de cette colline de Fallais et intrigué par les faits que l'endroit était surtout désigné, dès le début, par "terre achardon"( et non à chardons), que les premiers Gilkinet se sont appelés Gilkinet du Chardon, que le bien d'origine se nommait "au Chardon", je me suis demandé si ces appellations ne provenaient pas d'une autre source que celle qui désignerait un terrain où aurait proliféré cette plante rébarbative, peu agréable et même devenue interdite à notre époque. Nous avons vu que cette belle demeure sise sur le courtil au chardon figurait déjà dans la charte de 1510.

Et avant cette date?

Nous savons que Jean de BEAUFORT céda Fallais en 1373 au fils de sa soeur Jean de WEZEMAEL, famille qui la garda pendant un siècle, avant de la transférer, en 1470 au chevalier Wolfart van BORSELEN, veuf depuis 5 ans de MARIE STUART, fille du roi Jacques Ier d'Ecosse.

                Le jeune seigneur ne donna-t-il pas à ce domaine important de sa nouvelle seigneurie, en souvenir de sa chère épouse décédée,
                                            le nom du CHARDON, l'emblème héraldique de l'ECOSSE et des STUART ?
L'emblème "écossais" sur la façade du corps de logis de la ferme du Chardon à Fallais.

Remarque

Il y a quelques années, Patrick et sa maman ont remis le Chardon, rue du Chardon 12 à Fallais à "Madame et Monsieur CHARDON", qui l'ont bien bellement réaménagé en Centre de relaxation- Chambres d'hôtes-Restaurant. Bravo pour l'initiative et pour avoir maintenu le nom séculaire à ce beau domaine.


SOURCE PRINCIPALE

Freddy Van Daele "Le Chardon à Fallais" monographie auto-éditée en 2003, où le lecteur pourra découvrir toutes les sources où l'auteur a puisé ses renseignements.


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